Histoire de l'Altigénérator

Ce site est dédié à tous ceux qui en France, en Europe, dans les caraïbes, en Amérique latine, aux Etats Unis, au Canada et enfin dans le Pacifique ont vu mon aile leur passer au dessus de la tête, m’ont connus et aidé dans mes démarches pour faire connaître le décollage à pied motorisé. Mais aussi à ceux qui voudraient prendre la relève et faire avancer le schmilblick.

Revenant du Gabon pour 2 mois de vacances je me suis adonné à mon loisir favori le deltaplane, au cours d'un vol en soaring à la tombée de la nuit sur les falaises de St Pabu entre Erquy et le Val André une erreur d'appréciation de l'aérologie m'a fait percuter la planète assez violemment à l'atterrissage. Le genoux en vrac, l’humérus très mal cassé avec le nerf radial déconnecté je me suis retrouvé seul dans ma petite maison de Bretagne à grelotter.

Il ne m'était plus possible de retourner travailler en Afrique car là bas manchot tu meures et ici manchot j'étais. Le bras droit paralysé je passais toutes mes matinées chez le kiné. deux rues plus bas à faire bouger mes muscles incontrôlés en m'infligeant des châtaignes. On appelle ça de l'électrothérapie mais le pire c'était l'électromyogramme tous les 15 jours j'allais à l'hôpital vérifier si l'influx nerveux progressait et pour ça, douillet de nature et effrayé par la plus petite aiguille, il me fallait toute mon énergie pour ne pas courir dans la direction opposée de l'hôpital.

Je passais donc mes journées à me faire à l'idée qu'il fallait que j'accepte ce supplice sans rien dire. De plus il me fallait absolument retrouver le contrôle de mon bras en m'entêtant à le faire bouger.

Gamin j'avais été un accro de Jules Verne puis ce fut Henri Mignet et son poux du ciel qui m'obnubila .Tout le monde pouvait réaliser son avion dans son garage avec des bouts de bois. Mes parents devaient planquer tous les bouts de bois. Mon fantasme "Que tout le monde me disait c'est complètement con" était de survoler ma maison avec un appareil de mon imagination. Malgré un peu plus de maturité le contexte de douleurs, de contrariétés à subir, de froid et de nécessité de me mobiliser sur un projet pour redonner vie à mon bras; cette lubie revint.

Sans même m'attarder à la table à dessin je me mis à couper des tubes à souder, à percer pour mettre en forme différentes structures. Le premier proto fut une sorte de bi turbine ressemblant comme deux gouttes d'eau à un scaphandre autonome à part que l'air cette fois ci ne partirait pas par le haut mais par le bas. Donc allongé en position de vol couché, avec "ça" sur le dos, je subirais une poussée vers l'avant.

Une copine m'avait invité à Paris . L'éclopé que j'étais prenais le premier métro et revenais tard le soir les pensées ailleurs. En fait de copine et de recherche de tendresse j'avais découvert une mine d'or de confessions, d'idées et d'essais en consultant les fiches des inventions à l'INPI .Une formule saisie entre deux lignes m'avait conforté dans mon projet

F = M/f .En clair : la puissance nécessaire à un aéronef pour zéroter (maintenir son altitude) est égale à sa masse divisée par sa finesse. Donc pesant 70 Kg si j'ajoute mon aile et un propulseur de 30 Kg : ça fait100Kg.Une aile delta avoisinant les 10 de finesse (pouvant parcourir 100 mètres en partant de 10 mètres). Avec 10 kg de poussée je volerai, avec 11 je décollerai.

Le Biturbine fit venir souvent les gendarmes à la maison car les essais se déroulaient dans la cour. J’avais attaché l'engin sur une table et attaché la table à un pommier.Un peson entre la table et le pommier me renseignait sur la poussée obtenue .Je mettais le moteur en route et allais me dissimuler derrière un mur. De cette place protégée je contrôlais l'accélérateur. A la troisième explosion du carénage alors que les débris retombaient encore sur les toitures voisines j'ai su que j'étais arrivé à bout de la patience de mes amis voisins.

La turbine n'aboutissait à rien car le vortex en bout de pale certes aurait procuré un gain de poussée mais il créait un tel effort de déformation sur le tunnel que ce gain de puissance imposait une structure trop lourde pour assurer une rigidité suffisante.

Retour à la case départ. Mais pourquoi ne pas voler debout avec une simple hélice dans le dos. En pente école le vol se fait bien debout au début .Une fois debout pourquoi basculer tète en avant alors que la barre de contrôle constitue un parfait repose pied. De plus j'avais essayé tous les meilleurs harnais de vol libre. Passé quelques heures la position allongée devenait toujours un véritable supplice tant par la compression de la cage thoracique qui subissait le poids du pilote accentué par les secousses des turbulences. Les cervicales elles aussi travaillaient très mal car en plus de la tète il y a le casque à maintenir horizontal.

Le premier prototype était une grosse raquette de tennis .Le moteur au milieu, un siège en toile devant, une hélice derrière, le tout accroché à la poutre de l'aile par le bout du manche.

J'arrive donc chez mes copains de delta à Erquy avec ma raquette soufflante et fit une démonstration de nettoyage de jardin en propulsant les feuilles mortes de leur jardin dans le jardin du voisin.

A l'unanimité ils m'observent avec un air condescendant attristé à la vue de leur copain dont le bras était toujours en chewing-gum et me disent : « Serge arrête tes conneries ».

A bout d'arguments, très logiques d'ailleurs, il leur est impossible de raisonner ce qui vole déjà dans ma caboche de breton , j'avais même déjà décidé la date l'heure et le lieu du premier décollage .Bon décident t-ils, on fait venir la télé?

Premier vol

Ce matin là correspondait à une grande marée basse et j'avais 3 Km de plage bien lisse devant moi et un vent quasiment nul. La télé avait été remplacée par 2 caméscopes mais bon ils étaient tous là mes potes et l'un d'eux Bertrand était toubib.

Au ralenti les vibrations du JPX 212 d'occase au bout du rouleau que m'avait vendu une fortune son fabricant me faisait voir trouble comme si les billes de mes yeux tournaient aussi vite que l'hélice. Lorsque je mis les gaz à fond le confort s'améliora mais les 12 Kg de poussée semblaient ridicules. Face à la mer, l'aile bien horizontale. Le contrôle de l'incidence tant en tangage qu'en roulis est très souple car l'aile est parfaitement centrée. Je laisse avancer en retenant de moins en moins l'appareil. Je sens l'aile s'asseoir sur son matelas d'air,je la laisse choisir son incidence et sent sa masse diminuer progressivement puis je suis allégé de mon propre poids et les enjambées que je fais sur le sol ne sont plus que fictives, juste au cas où il faudrait porter à nouveau,mais en fait sans rien faire mes pieds sont déjà à 50 cm puis un mètre...au dessus du sol. Par sécurité je maintiens cette altitude en tirant légèrement sur les montants de trapèze et prend ainsi un peu de vitesse. Je suis à une dizaine de mètres d'altitude. Sans même m'en rendre compte mes pieds ont trouvé leur place sur la barre de contrôle, la mer se rapproche. Je laisse monter doucement et entame mon virage au dessus des premières vagues. Il n'y a pas une ride sur l'eau, pas une turbulence dans l'air. Je prolongerai bien ce ra dada au raz des flots , cette impression de pouvoir marcher sur l'eau est nouvelle par rapport au vol libre.

Mes amis sont là devant moi alors que je remonte la plage vers eux , je laisse faire mon aile, je sens que c'est gagné. J'arrive sur eux avec une vingtaine de mètre d'altitude puis je me dirige vers la falaise pour récupérer les ascendances dynamiques.

Je dois être à deux trois cent mètres lorsque mon moteur stoppe, les deux litres d'essence ont été consommés .Tout changement dans un vol d'essai provoque un petit pincement au creux de l'estomac, le nez de l'aile baisse un peu on se demande ce qui va suivre puis le calme habituel du vol libre me redonne confiance. Avec ce moteur inhabituel j'avais tâtonné à peine les commandes mais là sous mon aile sans ce bruit j'étais à nouveau dans mon élément.

L'efficacité du pilotage est sidérante .Un harnais de vol libre est accroché à la quille de l'aile par une sangle, pousser ou tirer sur la barre n'engendre pas directement un déplacement du poids du pilote car le corps se met souvent en travers dans le triangle de contrôle et minimise voir annihile l'efficacité de l'effet pendulaire. Là la liaison quille harnais interdit au harnais de pivoter sur son axe vertical et toutes les actions du pilote sont immédiatement suivies d'effet.

Je n'ose pas aller jusqu'au décrochage mais ne peux résister tant la réponse aux commandes est nette à quelques « virolos » 360 bien serrés .Un doute subsistait dans un petit coin de ma tète lors de la conception du système : l'attéro. En vol libre on fini l'atterrissage en poussant carrément sur les montants de trapèze de façon à donner à l'aile une très forte incidence. Avec mon harnais motorisé l'angle de cabrage est très nettement réduit .J'avais peur de devoir accomplir une cavalcade effrénée avant d'arrêter mon aile. D'autant plus que mon aile est un Profil compétition et comme toute DSTI elle a une plage de vitesse que mes petites jambes auront du mal à étaler. En fait mon souci a vite été effacé car l'atterrissage s'est fait presque à pied joint à 3 mètres devant les caméscopes. L'amélioration de l'efficacité du fait de la connexion rigide du harnais à la quille de l'aile est aussi valable en roulis qu'en tangage et suffit largement à arrêter l'aile dès que l'on pousse sur les montants.

Deux prototypes ont suivi pour aboutir à la structure que j'utilise toujours aujourd'hui, avec le moteur Solo 210 cc j'ai obtenu 2m/sec de taux de montée .Vivant dans une station estivale du bord de mer un marché s'est tout de suite ouvert à moi . Mes voisins tant intrigué par mes mises au point m'ont demandé de photographier leur maison de là haut et ça a été le début d'une activité qui a motivé mes efforts de mise au point

Une série de 20 structures a été réalisée. Dont 17 vendus. Pour prouver les performances du système un recors de France de distance dans la catégorie décollage à pied motorisé a été réalisé. La Fédération Française d 'ULM à jugé l'Altigénérator digne de figurer sur sa plaquette promotionnelle.

10 ans en France c'était un peu trop pour l'oiseau des Iles que je suis. J'ai embarqué mon Altigénérator sur un voilier et mis le cap sur Los Angeles et en joignant l'utile à l'agréable j'ai réalisé mon deuxième rêve : associer la mer et le ciel à ma vie de tous les jours .Beacher son bateau à marée haute et avoir toutes les plages du monde pour décoller et atterrir à côté de sa maison bateau , survoler de très haut ou en rase "motte" ce miroir qui des deux côtés reflète le bonheur inaccessible à l'homme trop terre à terre c'est ça en réalité le plan de ma vie.

Serge Bessault